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Jeudi 29 et vendredi 30 mars 2018, un 149e puis un 150e prélèvement d’eau de surface dans le cadre du programme Micromégas de cartographie de pollution micro-plastique, en collaboration avec l’association genevoise Oceaneye, ont été effectués à l’approche puis dans le détroit de Bangka, le long des côtes sud-est de Sumatra.

Dans le 150e réalisé à la nuit tombante, on percevait très nettement la phosphorescence du plancton. Mais dans le précédent, réalisé sous un soleil éclatant, le constant s’imposait de lui-même à l’oeil nu, comme les photos en gros-plan de la chaussette en attestent.

Pour retrouver la cartographie en cours de cette pollution micro-plastique réalisée par The Ocean Mapping Expedition dans le sillage de Magellan, consultez la nouvelle interface développée par Oceaneye et qui permet de suivre les échantillons au fur et à mesure de leur analyse: www.qgiscloud.com

Depuis son lancement depuis Séville en avril 2015, The Ocean Mapping Expedition conduit le programme 20’000 sons sous les mers sur la pollution sonore des océans, en partenariat avec le Laboratoire d’applications bioacoustiques (LAB) de l’Université polytechnique de Catalogne à Barcelone, poursuit sa récolte de bruits sous-marins, qu’ils soient d’origine naturelle et animale ou le produit de l’activité humaine (transport maritime, sonars, prospection gazière et pétrolière entre autres).

A Singapour le 14 mars, lors de la conférence de presse organisé à l’occasion de l’escale de Fleur de Passion dans la ville-Etat, le biologiste et ingénieurs français Michel André et responsable du programme a rappelé l’importance de cette source de pollution pour les océans et la nécessité de redoubler d’effort pour mieux la prendre en compte dans le cadre des activités humaines.

« La pollution sonore des océans est reconnue aujourd’hui comme l’une des sources majeures de perturbation des écosystèmes marins et une menace de l’équilibre naturel des océans », rappelle le Dr. Michel André, responsable du programme 20’000 sons sous les mers.

« Cette pollution est peu connue du grand public, car invisible et inaudible pour des oreilles humaines. Or elle augmente avec le développement des activités industrielles en mer et se diffuse à très grande vitesse dans tous les recoins de la planète à tel point que pratiquement plus aucune région du globe n’est épargnée », ajoute-t-il.

« Sauf peu-être entre la Polynésie française et l’Australie où les niveaux de bruits enregistrés par l’expédition étaient proches du niveau naturel des océans, soit un niveau de pollution sonore zéro équivalent à celui qui prévalait à l’ère pré-industrielle », précise le Dr Michel André.

En revanche, il en va différemment dans d’autres régions du monde comme sur la Grande Barrière de corail. « Parce que la majorité des organismes vivants qu’on y trouve produisent des sons, cartographier le paysage sonore d’un tel environnement est une manière cruciale pour comprendre les changements en cours », explique le scientifique français.

« Le programme 20’000 sons sous les mers a ainsi enregistré à certains endroits des échantillons de sons qui sont en train d’être analysés et comparés avec l’état de santé des récifs de coraux concernés. On s’attend à ce que cette analyse acoustique et cette comparaison contribuent de manière significative à comprendre l’ampleur des dommages que cet écosystème est en train de subir. »

« Maintenant que l’expédition arrive dans des régions à très fort trafic maritime, nous nous attendons à ce que le niveau sonore augmente de manière significative », ajoute Michel André.

L’escale de Fleur de Passion à Singapour a en outre été l’occasion, pour le scientifique français et l’équipage, d’installer à bord et de tester grandeur nature un nouvel équipement de recueil des sons spécialement conçu pour le programme 20’000 sons sous les mers: une sorte d’aile delta jaune d’une cinquantaine de diamètres sous laquelle est fixé l’hydrophone à proprement parler, et que le voilier traînera derrière lui en navigation, comme avec le précédent hydrophone.

Lors d’une sortie en mer à bord de l’annexe, une session de tests s’est déroulée dans le cadre spectaculaire et unique au monde de ces centaines de cargos, pétroliers, vraquiers, porte-containers et autres au mouillage. Reste maintenant à transformer l’essai entre Singapour et Jakarta.

De premiers enregistrements réalisés dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition sont consultables sur http://omexpedition.listentothedeep.com/acoustics/.

Le programme de monitoring des gaz à effet de serre à la surface des océan lancé fin 2017 aux Philippines en partenariat avec l’Université de Genève a déjà permis d’identifier plusieurs zones de forte émission méthane et dioxide de carbone entre Mactan et Singapour, où l’expédition fait escale depuis le 13 mars 2018. Ces premiers résultats préliminaires ont été présentés aux média par le Prof Daniel McGinnis, chef du groupe de Physique aquatique du Département F.-A. Forel de l’UniGE et responsable du programme dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition, lors d’une conférence de presse au Republic of Singapore Yacht Club.

Le programme The Winds of Change de monitoring en continu des gaz à effet de serre à la surface des océans avait l’ambition d’apporter à la communauté scientifique des données de terrain inédites contribuant à une meilleure compréhension du rôle des océans dans la problématique du réchauffement climatique. Au vu de l’évolution préoccupante du climat et de l’acidification des océans qui en découle, il devait permettre de revoir de manière urgente nos concepts sur le cycle du carbone à l’échelle globale. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ses premiers résultats ne se sont pas fait attendre.

Lancé depuis Mactan, aux Philippines, en décembre 2017, ce projet pionnier mené en partenariat avec l’Université de Genève à bord du voilier suisse Fleur de Passion dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition - tour du monde de quatre ans (2015-2019) dans le sillage de Magellan - a déjà permis de collecter en temps réel et en continu des données de référence essentielles sur les concentrations de méthane et de dioxyde de carbone tout au long de la route du bateau jusqu’à Singapour, où il fait escale depuis mardi 13 mars 2018, en provenance de Brunei puis Kuching, et jusqu’au 25 mars. Le programme The Winds of Change a également permis d’identifier de premiers « hot spots », des zones de forte émission de ces gaz à effet de serre nécessitant une attention particulière de la part de la communauté scientifique pour en surveiller la dynamique.

« Les données collectées au cours des deux mois écoulés depuis le lancement du programme Winds of Change aux Philippines sont très prometteuses et révèlent des informations et des phénomènes très stimulants », commente le Prof Daniel McGinnis, chef du Groupe de Physique aquatique à l’Université de Genève et responsable du programme dans le cadre de l’expédition.

« Les concentrations de méthane et de dioxyde de carbone augmentent très clairement à proximité des villes, à l’approche des îles et au-dessus des eaux peu profondes, autrement dit dans les régions impactées par l’activité humaine et où l’on observe une plus forte croissance des algues », explique-t-il.

« Le programme a déjà révélé plusieurs « hot spots », des zones de très forte émission de gaz à effet de serre qui nécessiteraient des études plus approfondies, poursuit le Prof McGinnis. Comme par exemple à Mactan où était amarré le bateau lors de son escale en décembre-janvier dernier et où les émissions de méthane sont plus de six fois supérieures à la moyenne. »

« Ces premiers résultats stimulants représentent un énorme pas en avant pour le projet et pour la problématique du réchauffement climatique dans son ensemble. Ils prouvent que notre approche est très efficace pour monitorer les gaz à effet de serre à la surface des océans », ajoute le scientifique américain.

Dans le cadre du programme The Winds of Change, le voilier de 33 mètres Fleur de Passion - un ancien démineur de la Marine allemande construit en 1941 et converti depuis en ketch - est équipé d’un analyseur de gas à effet de serre relié à une prise d’air située à 16 mètres au dessus de la surface de la mer sur le mât d’artimon (à l’arrière du bateau) et qui procède automatiquement à des analyses toutes les minutes. Il poursuivra ainsi sa mission climatique jusqu’au terme de l’expédition autour du monde, en août 2019 à Séville.

« Les équipements fonctionnent très bien et nécessitent peu d’attention de la part de l’équipage », se réjouit le scientifique qui a embarqué de Kuching à Singapour début mars pour vérifier les questions de maintenance.

« Nous sommes très fiers que le programme The Winds of Change de monitoring des gaz à effet de serre à la surface des océans fournisse de premières données de terrain inédites et qu’il contribue à ce que le réchauffement climatique demeure un sujet d’actualité », s’enthousiasme pour sa part Samuel Gardaz, vice-président pour les affaires publiques de la Fondation Pacifique, organisation sans but lucratif basée à Genève et initiatrice de The Ocean Mapping Expedition.

« Une telle initiative, pure émanation de la société civile, illustre une fois encore tout le potentiel et l’intérêt d’un voilier traditionnel comme Fleur de Passion sur le plan de la recherche scientifique en complément de bateaux océanographiques plus classiques », ajoute Samuel Gardaz.

« Le programme The Winds of Change offre l’opportunité d’accéder à une très large échelle géographique à des informations essentielles pour compléter celles disponibles par satellites jusqu’à présent à un moment où la communauté scientifique mondiale s’alarme précisément du manque de données sur cette question », poursuit le Prof McGinnis.

Comme l’explique le chercheur américain, « Le changement climatique est l’un des plus grands défis auxquels notre époque fait face et sa compréhension constitue un enjeu majeur pour la communauté scientifique. Pour qu’on puisse espérer inverser la tendance efficacement, les scientifiques ont besoin de disposer d’une vision globale et précise des concentrations de gaz à effet de serre à la surface des océans et d’être en mesure de mieux comprendre leur rôle non seulement en tant que réservoirs de tels gaz, mais aussi en tant qu’émetteurs, de source d’émission. »

« Or les océans émettent plus de gaz a effet de serre que préalablement estimé, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), insiste le Prof McGinnis. Il est donc urgent de réévaluer le rôle des océans dans le cycle du carbone mondial pour une meilleure compréhension des questions de réchauffement climatique. »

« Un projet pionnier tel que The Winds of Change mené à bord du voilier Fleur de Passion est donc une nécessité pour collecter en temps réel et en continu tout au long de sa route des données de terrain dont nous manquons sur les gaz à effet de serre et de permettre à la science de faire un pas en avant dans la compréhension du rôle des océans dans le processus actuel de réchauffement climatique », conclut-il.